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Montréal Red Light
Par Marie-Claude Charlebois
Le Red Light de Montréal est le plus important qu’a connu l’Amérique du Nord, mais il est avant l’histoire de milliers de femmes : les travailleuses du sexe. Stripteaseuses, prostituées ou masseuses, la vie de ces femmes fascinent et alimentent l’imaginaire collectif depuis les débuts du Régime Français. En plus d’être constamment représentées dans la culture populaire et d’être au sein de diverses légendes urbaines, les travailleuses du sexe occupent depuis toujours une place dans l’actualité.
L’émancipation de la femme et l’évolution des mœurs dans la société québécoise ont engendré un phénomène nouveau dans l’histoire récente du Red Light : l’implication publique des travailleuses du sexe dans les débats politiques et dans la production culturelle.
L’événement Montréal Red Light cherche à divertir certes, mais il est avant tout un événement à caractère social visant à démontrer la redondance temporelle des actions entreprises pour contrôler et abolir la prostitution ainsi que les effets pervers en découlant sur la vie des prostituées. L’implication des travailleuses du sexe dans la création et la réalisation de Montréal Red Light fait de l’événement une tribune unique reflétant les réalités et les préoccupations réelles du milieu.
LA NOUVELLE FRANCE
Dès 1634, le peu de femmes qui construisent la Nouvelle-France se voient attribuées, en plus de leurs responsabilités domestiques habituelles, des tâches normalement réservées à la gent masculine. Au XVIIe, un nombre important de femmes deviennent des gestionnaires de petits commerces, leurs maris quittant fréquemment pour la conquête où plusieurs y laissent leur vie. Les veuves et les femmes d’artisans joignent les deux bouts en tenant des auberges, des cabarets. De ces cabaretières, quelques-unes se livrent à la prostitution, ainsi que leurs filles ou leurs domestiques. Des autochtones hors clan se prostituaient aussi. Les femmes qui traversent l’océan afin d’échapper à la misère accomplissent un acte exceptionnel pour l’époque. Alors que peu de chercheurs se sont attardés à la vertu des colons, plusieurs historiens se sont penchés sur l’origine sociale de ces femmes : les « filles du Roy ». On a longtemps pensé qu’il s’agissait de « débauchées » envoyées en Amérique pour se marier, car plus de la moitié provenaient de la Salpêtrière, un refuge pour femmes en difficulté. D’origine sociale diverse, certaines « filles du Roy » auraient eu un passé de prostituée.
Au début du XVIIIe, l’équilibre démographique est atteint, les guerres contre les Iroquois se terminent, les populations autochtones sont réduites au silence, au code moral occidental. Une nouvelle catégorie sociale apparaît : les indigents. En réaction à cette réalité, on crée des « bureaux des pauvres » où l’on accueille une majorité de femmes dont des prostituées.
L'INDUSTRIALISATION
Au XVIIIe, en dépit des guerres, la population traverse une période prospère aux niveaux démographique et économique. En opposition au siècle précédent, la société affiche une tolérance envers les « délits de mœurs des femmes ». Mais lorsque la prostitution devient trop flagrante, on enferme les « déviantes » dans les hôpitaux gérés par les communautés religieuses. En 1802, les Sœurs grises gestionnaires de l’Hôpital-Général, logent à l’étage supérieur du bâtiment les vénériens ainsi que les filles de joie et leurs enfants. Indigné, le clergé leur envoie une ordonnance leur exigeant de « cesser cette œuvre de charité envers les personnes du sexe dérangé dans leur conduite. »
Au XIXe, le passage de la société agricole à la société industrielle provoque de grands bouleversements. Les femmes utilisent des moyens de contraception limitant ainsi leurs grossesses. L’état, auparavant discret sur cette question, impose et applique de nouvelles lois. La distribution d’information et de contraception devient illégale, l’avorteuse ou l’avortée passibles à l’emprisonnement à perpétuité. Ces mesures ont un impact certain sur la santé des prostituées, blâmées pour la propagation des maladies vénériennes.
L'APOGÉE DE RED LIGHT
Aux XIXe et XX siècles, les multiples ampoules rouges signifiant l’ouverture des lupanars dotent la métropole d’une réputation de libertine. Époque à dominance catholique, on entreprend des mesures de tout genre afin de contrôler, d’abolir ou de réglementer la prostitution : création de la Loi sur les maladies contagieuses ; disqualification des prostituées de la Commission de chômage de Montréal ; arrêt de la distribution gratuite de médicaments ; descentes dans les maisons closes ; naissance de l’escouade de la moralité ; installation de cadenas aux portes des bordels ; écriture de lois toujours effectives telle l’interdiction de se trouver dans une maison de débauches. Marginalisées, perçues comme aliénées, victimes ou malades mentales, l’avis des prostituées n’est pas sollicité.
L’acharnement de Pacifique Plante et de Jean Drapeau a éteint le Red light tout en favorisant son éclosion. Suite à la fermeture des bordels et aux prestations sans précédents de Lili St-Cyr, les danseuses nues et les call-girls se sont établies sur tout le territoire montréalais.
À l’époque, 3000 femmes travaillaient dans les bordels montréalais. Aujourd’hui, plus d’une centaine d’agences d’escortes s’annoncent dans les pages jaunes, des centaines de femmes offrent leurs services dans les grands quotidiens et hebdomadaires ainsi que sur Internet. De plus, environ 500 prostituées travaillent directement sur la rue.